Yuan

Un jour de pluie. Sombre, gris. Un de ses jours où les heures semblent s'être figées pendant la nuit. Le revêtement de la piste assourdit le bruit des gouttes d'eau qui viennent s'écraser au sol en une douce symphonie.

Un goût de sang dans la bouche, les lèvres entrouvertes...

C'est un jour d'hiver... L'herbe est couverte de givre et même la boue sur le sol est gelée. Hier on était en dessous des normales saisonnières. Aujourd'hui, la météo s'ignore et n'existe plus. Comme une réalité sans importance, insignifiante banalité.

Le souffle court et les yeux grands ouverts...

C'est un vendredi 13, auquel personne ne croit, car la superstition est affaire de ceux qui ont l'occasion d'y penser. Malheureusement le temps agonise. La concierge est décédée, Lydie a eu une sale note, Aziz s'est fait virer...

Les sourcils froncés, la tête haute...

_

Au milieu de nulle part, il n'y a plus que cette piste. Il la sent sous ses pieds, se tordre, onduler. Elle se soustrait à ses appuis, entretient son glissant et pourtant... L'aide à se relever lorsqu'il tombe, genoux rivés au sol, mains dans l'eau. C'est elle ou lui. Lui et elle. De telle sorte qu'il ne sait plus trop où fini son corps, où commence l'effort, si c'est lui qui souffle aussi bruyamment où si c'est elle qui gémit sous les coups.

- Allez Yuan t'y es presque ! Encore 50m !

*Va te faire voir...*

Ce qu'il aimerait susurrer ces mots à son entraîneur ! Ô quelle joie ça serait de voir son visage ridé par le temps s'affaisser, voir la peau de ses joues trembler sous le coup de la colère et de la peine, son front marbré de brun s'empourprer et ses poings se serrer, prêts à frapper... Lucas était champion de boxe dans sa jeunesse... Et voilà où cela l'avait mené : chronométrer un gamin trop grand, un peu trop maigre, tous les soirs, à 18h30. Un champion de boxe devenu entraîneur d'athlétisme. Certaines choses ne s'expliquent pas.

- Quatre minutes pilepoil... C'est pas mal Yuan ! Tu t'améliores !

Ce n'est pas que Yuan ne l'aime pas, Lucas. C'est juste qu'il ne reconnait personne en dehors de l'ombre qui peuple les miroirs dans lesquels il se mire. Le monde ne l'intéresse pas vraiment.
Yuan se penche et attrape son sac posé à terre.

- ...Quelle heure ?
- Euh... 19h06...
- Hé merde !

Le voila qui court de nouveau ! Lucas le regarde partir de son seul ½il encore valide, un petit sourire en coin. « Vas gamin, moi aussi j'ai été jeune ! Vas rejoindre ta copine ! ».


20h01 Yuan laisse choir son sac à terre et remonte le couloir de l'appartement à vive allure. Il n'y a pas un bruit... Sa mère doit encore être partie 'dîner' avec un de ses collègues de bureau... Les adultes sont vraiment des êtres affligeant. La porte de sa chambre et ouverte et il y pénètre en trombe. Au dessus de son lit, un poster d'hide* d'X-Japan, son premier amour, au dessus de son ordinateur, des yeux, des bouches, des nez, des moitiés de visage féminins découpés dans des magasines et punaisés sur le nouveau papier-peint... Il s'amuse souvent avec, essayant de faire son visage à elle. Comme d'habitude, l'antiquité lui servant d'ordinateur met des heures à démarrer... Double clique sur l'icône internet, mes favoris... Direction le forum... Avidement, fiévreusement, ses yeux parcourent la liste des membres connectés. Yuan soupire de soulagement en s'enfonçant au fond de son siège de bureau...
S'il ne s'intéresse pas à la société, si les guerres le laissent de marbre, si la science n'est qu'un ramassis de mots codés, si la BA n'est qu'une vague notion, peut-être le nom d'une nouvelle mode, il n'y a qu'un personnage dans l'univers capable de le sortir de la solitude.


Destinataire : Enola
Message envoyé à 20h07 :
«Encore connectée ? J'vais finir par croire que tu m'attends tous les soirs :p»



*hide

# Posté le dimanche 05 novembre 2006 11:43

Modifié le samedi 05 septembre 2009 11:28

* Enola

Ses doigts jouaient au piano sur la feuille blanche. Tip. Tap. Le stylo dans la bouche, le nez en l'air et les yeux qui s'enfuient vers la fenêtre ouverte. Dehors le ciel est bas et lourd. Pèse comme un couvercle. Baudelaire. Ce génie. Il fait noir dans la pièce, et une simple bougie sur le bureau lance des ombres effrayantes sur les murs nus de sa chambre. Elle essaie de poser des mots sur la moquette. Multicolore ou noir et blanc au fond ça n'a pas d'importance parce que tout s'illuminera un jour. Avec ses mots à lui.

La feuille est toujours blanche, le cd s'est arrêté de tourner dans la chaîne mais elle n'entend plus rien et lance parfois des regards furtifs vers son tout nouvel ordinateur portable posé bien délicatement sur son trop grand lit. Enola elle est toute petite alors elle se sent toujours un peu perdue dans ce lit qui pourrait accueillir tous les orphelins du monde entier...D'ailleurs elle devrait peut-être y penser.

18h54.

La feuille est blanche. Encore. Toujours. Pour ne pas changer. Ses yeux sont vides. Remplis de fumée. Elle a beau attendre rien ne vient et elle balance ses pieds dans le vide. Assise sur sa chaise de bureau elle ne touche même pas le sol. Elle a deux trois papillons dans les cheveux et elle réfléchit toujours.
Que dire ?
Que faire ?
Et pourquoi son c½ur bat trop fort devant cet écran d'ordinateur ?

19h32

Tip. Tap. Mélodie sur papier blanc. Murs nus. Comme le ciel après la pluie. D'ailleurs il pleut encore. Elle se penche à la fenêtre et elle voit les femmes qui se pressent sous leurs parapluies pendant que les hommes courent avec leur attaché-case sur la tête.
Tip Tap. Piano sur feuille. Ombre sur bois. Sourire de l'ombre. Sourire du verre. Eclats. De rire. Rien de tout ça. Appartement vide.
La feuille est noircie. Juste trois mots.

Où es-tu ?

C'est ce qu'elle crie intérieurement, ce qu'elle n'osera jamais lui dire, ce qu'elle n'osera jamais écrire ailleurs que sur une misérable feuille qu'elle peut brûler n'importe quand. D'ailleurs. Une flamme. Et des cendres.

20h01

Enola s'assoit sur son lit, son père n'est toujours pas rentré, tant mieux. Tap. Piano. Se connecte. Il n'est pas là. Douche de flamme. Le papier brûlé. Où es-tu ? Et elle le crie de plus en plus fort dans le silence pesant de la pièce.
D'un coup.
Peut-être un espoir.
Juste deux mots.

« Vous avez un nouveau message. »

Expéditeur : Yuan
Message reçu à 20h07 :
«Encore connectée ? J'vais finir par croire que tu m'attends tous les soirs :p»



Rougeur sur des joues pâles de porcelaine. Le piano. Sur le clavier.


Destinataire : Yuan
Message envoyé à 20h19 :
« Bien sur que non ! Ca te ferait plaisir hein ?! Avoue !
Jamais je n'attends tes réponses comme un souffle vital.
Jamais je n'attends tes réponses comme mon salut.
Jamais je t'attends tes réponses comme un esquimau attendrait qu'on lui apporte du feu.
Jamais.
T'es bête. »
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# Posté le dimanche 05 novembre 2006 11:49

Yuan


Frisson... Le vent s'engouffre par le vasistas grand ouvert et vient courir le long de sa peau blanche, jouant avec ses cheveux colorés en rose. Je ne vous parle pas de ce rose pâle dont on peint les lèvres des poupées, des princesses aux doux sourires acidulés, non... Ce n'est pas une couleur traditionnelle comme celle d'une barbe à papa, ni une couleur rassurante comme celle du ciel maquillé par le soleil couchant. C'est un rose presque fushia, agresseur, provocateur. Qui siffle les jolies femmes, insulte les hommes pas à son goût. Parce que Yuan aime les garçons autant que les filles, sans savoir ce que c'est d'aimer.

Doucement ses lèvres s'entrouvrent pour laisser échapper quelques paroles d'une chanson qu'il a entendu il y a quelques temps.

'Cendrillon pour ses vingt ans est la plus jolie des enfants...'*

Ses doigts martyrisent inconsciemment sa souris. Nouveau regard dans sa boite d'envoie. Rien. Elle l'a donc reçu ! Sourire rassuré au coin des lèvres creuse des abymes de part et d'autre de sa bouche.
Derrière lui, des perles adamantines s'écrasent sur le parquet et forment une petite flaque d'eau. Yuan se lève souplement et ferme le vasistas en grimaçant. Il a plein de courbatures dans les épaules à cause du saut à la perche. Et dire que Lucas l'a obligé à 'choisir' cette discipline pour la dernière compétition. Tssss.... Deux secondes pour monter le chauffage à fond et le voila de nouveau devant l'écran. Réactualisation de la page. Bingo... Yuan ne peux s'empêcher de se mordre les lèvres.


Expéditeur : Enola
Message envoyé à 20h19 :
« Bien sur que non ! Ca te ferait plaisir hein ?! Avoue !
Jamais je n'attends tes réponses comme un souffle vital.
Jamais je n'attends tes réponses comme mon salut.
Jamais je n'attends tes réponses comme un esquimau attendrait qu'on lui apporte du feu.
Jamais.
T'es bête. »


Un éclat de rire dans le silence assourdissant de sa chambre, comme un éclat de givre dans un âtre de cheminée. Les mots d'Enola semblent illuminer l'espace et projettent Yuan dans le temps, à la frontière entre l'avant, le maintenant et l'après... Les doigts de l'adolescent s'emmêlent et s'entremêlent sur le clavier. Son message est bourré de fautes d'orthographe. Petite correction et remise au point.

Destinataire : Enola
Message envoyé à 20h23
« Depuis quand tu es un esquimau ?
Alors je me suis tué à courir pendant environs une heure pour rentrer pour m'entendre dire que je n'ai aucune importance pour toi ? C'est décidé, j'abandonne la perche et je choisis la fenêtre ! »

Yuan sourit, mais ses yeux bleus sont froids et durs...

Destinataire : Enola
Message envoyé à 20h23
« .......
Tu sais Enola, tout a l'heure y avait encore une fille sur le pont... »


*Téléphone
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# Posté le dimanche 05 novembre 2006 12:25

Modifié le samedi 05 septembre 2009 10:21

* Enola

Message envoyé. Une respiration soulagée. Il est encore là. Il sera toujours là. C'est ce qu'elle se dit. Mais à se dire ça trop fort elle se fera encore plus de mal quand il disparaîtra. Quand il disparaîtra. Il disparaîtra ? Non. Faut pas qu'elle se dise ça maintenant. Ni dans mille ans d'ailleurs. Elle se laisse tomber sur son lit et regarde les nuages imaginaires qui flottent juste sous la plafond tristement blanc de sa chambre.

« Vous avez un nouveau message. »

Déjà ? Il joue du piano rapidement lui...

« Vous avez un nouveau message. »

Encore. Un sourire. Parce qu'il est encore là et qu'il y restera. Partager des rires alors qu'on ne se connaît pas. Partager des rêves alors qu'on ne dort plus. Partager une vie alors qu'on a du mal à respirer. Partager un gâteau au chocolat parfumé à la banane. Qui sait ?
Elle ouvre son ordinateur et recommence sa mélodie des touches. Triste et monotone qui s'emballe quand elle voit les mots de Yuan. Elle respire un peu plus fort. Retiens son souffle. Encore...

Expéditeur : Yuan
Message envoyé à 20h23
« Depuis quand tu es un esquimau ?
Alors je me suis tué à courir pendant environs une heure pour rentrer pour m'entendre dire que je n'ai aucune importance pour toi T-T C'est décidé, je vais sauter par la fenêtre ! »

~°~


Expéditeur : Yuan
Message envoyé à 20h23
« .......
Tu sais Enola, tout à l'heure y avait encore une fille sur le pont... »


Elle rigole comme une enfant de six ans qui vient de retrouver sa poupée préférée. Comme un oiseau qui vient de retrouver son nid. Comme un morceau de soie qui glisse le long d'une jambe nue. Enola elle fait tout en douceur, elle pleure en douceur, elle crie en douceur, elle souffre en douceur, le moindre de ses gestes ressemblent à ceux si bien étudiés de Marie-Antoinette. Seulement chez elle ça vient naturellement. Et avec ses fraises dans les cheveux, ses chaussettes rayés et son air angélique on donnerait treize ans à cette gamine qui frôle bientôt la majorité.

Destinataire : Yuan
Message envoyé à 20h31 :
« C'est pas moi l'esquimau. C'est mon c½ur tu l'sais bien...C'est tout froid quand je pose ma main sur ma poitrine et je n'entends même plus les Boom Boom.
Saute par la fenêtre. Tu retrouveras sûrement la jeune fille du pont. Qui sait ? Ca t'intrigue pas ?
Sous l'eau, quand tu plonges et que tu peux plus remonter. Avec les fantômes du quotidien qui te tirent vers le bas. Parfois...Je sais pas...Mais ne plaisante pas avec ces choses.
Et si tu dis encore une fois que tu n'as pas d'importance pour moi il y a une étoile qui va s'éteindre dans le ciel. Ca serait dommage. C'est comme quand u gosse dit qu'il ne croit pas aux fées. C'est absurde. »


Message envoyé.

Clic. Une porte s'ouvre lentement à l'autre bout du couloir. Sûrement son père qui revient du boulot, ou sûrement du bistrot, c'est un endroit dans lequel il traîne souvent depuis que sa femme l'a quitté. Enola elle espère juste que ce soir il l'épargnera et ne se servira pas d'elle comme boniche et ensuite comme défouloir. C'est que bientôt, elle n'arriverait plus à cacher ses bleus...Surtout que ceux de Luo ne partaient pas. Comme si il les lui avait fait avec du feutre indélébile. Merde. Pourquoi elle pensait à Luo maintenant ? Non. Non. Non. Définitivement non ! Elle était là, avec les oiseaux muets sur sa fenêtre, les mots de Yuan qui faisaient chanter la nature et elle pensait à Luo ? Fallait vraiment être la dernière des abrutis pour faire ça...Enola c'est pas grave...Prend ta peluche...Rendors toi...Do mi fa sol. Au pays des merveilles.

# Posté le dimanche 05 novembre 2006 13:09

Yuan

Yuan avait essayé de ne pas y prêter attention mais... Qui c'était cette fille aux cheveux blond platine qui se tenait dans le noir, comme un feu follet qui aurait perdu son chemin ? C'était qui cette gamine aux yeux cerclés de mauve, aux pupilles dilatées, aux lèvres blanches ? C'était qui cet ange prêt à s'envoler, une jambe par-dessus la rambarde, un pied pendant dans le vide, bouche fermée, ailes déployés ? Et il lui aurait suffit de tendre la main devant lui, Yuan, pour sentir la douceur des plumes sous ses doigts et la peau tendue sur ces os trop fragiles. Il lui aurait suffit d'un pas pour pouvoir la prendre, légère dans ses bras, saluer le monde d'une révérence et sauter avec elle dans le vide en riant... Il s'était contenté de la regarder chuter. Seule. Vague poupée de cire tombant d'une étagère trop sombre et allant se briser sur le sol. Qu'est-ce que la mort après tout ? Il avait passé son chemin.
Un murmure dans le noir :

- Windy Wendy, et si j'avais sauté avec toi ?

Et juste une ombre pour lui murmurer :

- Tu ne l'aurais plus vu... Elle...

Il se rue vers son fauteuil... Un nouveau message.

Destinataire : Yuan
Message envoyé à 20h31 :
« C'est pas moi l'esquimau. C'est mon c½ur tu l'sais bien...C'est tout froid quand je pose ma main sur ma poitrine et je n'entends même plus les Boom Boom.
Saute par la fenêtre. Tu retrouveras sûrement la jeune fille du pont. Qui sait ? Ca t'intrigue pas ?
Sous l'eau, quand tu plonges et que tu peux plus remonter. Avec les fantômes du quotidien qui te tirent vers le bas. Parfois...Je sais pas...Mais ne plaisante pas avec ces choses.
Et si tu dis encore une fois que tu n'as pas d'importance pour moi il y a une étoile qui va s'éteindre dans le ciel. Ca serait dommage. C'est comme quand un gosse dit qu'il ne croit pas aux fées. C'est absurde. »


Une petite demoiselle avec un c½ur de glace qui suffit à réchauffer la terre entière. Le c½ur d'Enola, il voudrait tellement le tenir dans ses mains. Précieusement, comme une planète qui vient de naître. Et le coller à son oreille pour l'écouter battre, une main sur le c½ur. Ca doit ressembler à ça, être vivant.
Mais Enola, il ne sait même pas qui c'est. Il ne connait d'elle que son nom et ses mots. Au départ, cela lui suffisait. Au fil du temps, il a appris à trouver les sourires cachés derrière les lettres et les larmes enroulées autour des points. Pas besoin de voir son visage, il se l'imagine déjà très bien. Enola, elle est petite et mince avec un visage de poupée, il le sait... Il est presque sûr qu'elle a les cheveux verts et les yeux roux.
Pourtant Yuan est daltonien...
Ses doigts se remettent à danser.

Destinataire : Enola
Message envoyé à 20h36
Parfois ?... Dis Enola, tu crois que c'est comment là-bas ? Tu crois qu'on peut aussi y voir les étoiles ? Tu crois qu'il y a des nuages en barbe à papa ? Et les lucioles ? Ou... Tu penses qu'il n'y a rien de tout ça ?
Tu sais Enola, cette fille, j'avais vraiment envie de la rejoindre. Tellement envie d'la prendre dans mes bras et de l'emmener au pays imaginaire. Mais je me suis dit que si je le faisais je ne pourrais le faire avec aucune autre... Et j'me suis dit que j'avais tellement envie de t'y emmener... On ira un jour ?
Puis ton c½ur, je le réchaufferais jusqu'à ce que tu puisses l'entendre battre !


En contrebas une porte qui claque, des gloussements à peines étouffés et des pas lourds dans l'escalier. Yuan se retourne et a juste le temps de voir par la porte entrouverte sa mère et un garçon de son âge se soutenir l'un l'autre, zigzaguant, se cognant aux murs...
...

Les gémissements... Les grincements rythmiques du lit...

Yuan n'en peut plus de se boucher les oreilles et de fermer les yeux en serrant les dents.

# Posté le dimanche 12 novembre 2006 06:05

Modifié le samedi 05 septembre 2009 10:34